MENUMENU
Article 0

Biscuit de porcelaine « Carton Ondulé » de Fanny Laugier. L’artiste affectionne les pièces géométriques simples transformées par l’art du pliage. Vous pourrez découvrir l’atelier de Fanny Laugier à Poitiers ou sur son site

« Montagne Bleue » de Cyprien Mouchel. Buffet en chêne sablé, et motifs à l’encre, tels des dessins dans la marge. L’atelier de Cyprien se trouve dans la campagne de Saint-Malo et vous pourrez découvrir son travail ici

« Fenêtres », par la Faïencerie Georges : 4ième génération de la faïencerie fondée en 1898. Une technique ancienne et une inspiration très contemporaine avec un goût prononcé pour le graphisme. A découvrir ici

Les Maisons Cubes (1984) de Piet Blom à Rotterdam

Monoxyle de Bertand Lacourt. Bertrand Lacourt travaille le tronc d’arbre pour en tirer des pièces d’un seul bloc, aux lignes épurées. Simplicité aussi dans les outils à main utilisés, pour apprivpoiser l’arbre en face à face. monoxyle.fr

« Eclats » de Karen Petit, céramiste à découvrir du côté de Saint Etienne ou sur son site

« Acapulco » de Silver Sentimenti. Passé par la haute couture et le costume, Silver Sentimenti évolue entre tissu, terre, bois, résine… Ici jeu de fils sur grès émaillé de noir. silversentimenti.com

Empreintes

Atelier d’Art de France, le syndicat professionnel des artisans d’art est à l’origine de ce nouveau et vaste lieu dans le quartier du Marais à Paris.
L’endroit vaut à lui seul le déplacement : d’anciens ateliers de joaillerie dans un bâtiment restauré dont on a conservé le charme, 4 niveaux vastes et clairs percés d’immenses baies.
La sélection elle aussi est au rendez-vous et se renouvelle constamment : les artisans choisis y présentent leurs créations pendant 3 mois avant de laisser la place à celles de confrères.

Les retours du public semblent unanimes sur la qualité des objets, bijoux ou meubles qu‘on peut y découvrir et vous verrez en marge de l’article quelques photos de créations qui m’ont particulièrement séduite lors de mon passage au mois de décembre.

Les critiques émises portent sur les prix jugés trop élevés.
C’est là que l’on voit que les Ateliers d’Art de France ont encore devant eux un gros travail à accomplir afin que tous comprennent qu’il est impossible d’espérer acquérir un objet artisanal avec un budget Ikea ou Habitat.

D’un côté, la conception d’un objet visant à plaire au plus grand nombre ou tout au moins à répondre à une mode, une tendance qui rencontrera sa clientèle. Parfois même la reprise d’un objet de designer de renom dont on modifiera quelques éléments, matériaux, juste assez pour que cela ne puisse pas être légalement accusé de plagiat.
De l’autre une recherche personnelle, qui ne vise pas uniquement à plaire au client mais à exprimer le goût du créateur pour une matière, une couleur, une forme, une technique, explorer un sentiment, une réflexion qui peut être technique ou intellectuelle.

D’un côté une production industrielle permettant la production rapide d’objets identiques et grâce à cela des économies d’échelle qui permettront de proposer des prix de vente attractifs. Selon le positionnement prix visé, avec un niveau de qualité que l’on choisira selon. Pour les produits les plus chers, un équipement de production réduisant les malfaçons et augmentant qualité et durée de vie. Pour les produits les plus accessibles, des économies indispensables sur les matériaux, la finition, la fiabilité, le salaire de l’opérateur qui veille sur la machine, ici ou à l’autre bout du monde.
De l’autre une production manuelle, en exemplaire unique ou toute petite série où le concepteur est aussi le fabricant. Pas ou très peu d’économie d’échelle ici : le temps de conception accouchera d’un –de 20 ou de 100 produits… pas de 10 000. La main et l’œil de l’artisan seront à chaque instant du processus sur l’objet, veillant à aboutir au projet conforme à l’objectif de son créateur.

Notez bien que je ne pose pas ici la question d’un jugement moral ou éthique sur ces différences.
S’il est vrai qu’on peut en débattre, il est également évident que la production industrielle en série est indispensable pour de nombreux biens et de nombreuses bourses.

Le sujet est ici de comprendre comment est né l’objet artisanal. Faisons un petit exercice à la louche :

Combien d’heures a-t-il fallu à l’artisan pour concevoir cette tasse aux reliefs étranges : la dessiner, réfléchir à la solution technique permettant sa réalisation – d’ailleurs souvent difficilement reproductible par des moyens de production industriels.
Le temps des essais, des échecs, des améliorations.
Puis le temps de production en tant que tel, une fois l’objet « mûr ».
Si on ne compte que ces étapes, imaginez que tout cela ait pris 2 heures à l‘artisan.
(Cela passe très vite 2 heures, on est évidemment la plupart du temps bien au-delà…)
Imaginez qu’il se rémunère royalement à 10€ de l’heure (smic = 9€76), voilà donc 20€ de rémunération pour le temps de l’artisan.

Et puis il y a sans doute un peu de matière dans cet objet. Allez, on va dire que ce créateur fait des merveilles avec presque rien et qu’il n’a eu besoin que de 5€ de matériaux.
Nous voilà donc à 25€.

Sachant qu’un magasin traditionnel reverse à l’artisan 50% environ du prix que vous allez débourser, cela veut dire que vous ne pourrez pas trouver cet article à moins de 50€.

Vous remarquerez que je vous fais grâce du loyer et de charges de son atelier et du coût d’achat et d’entretien de ses outils.
Et pour coller avec la réalité quotidienne de l’artisan il faudrait aussi rajouter le temps qu’il va lui falloir passer pour faire parvenir l’objet jusqu’à son potentiel acheteur : le créateur doit être aussi communiquant et commercial. Oups, ne pas oublier de tenir efficacement ses comptes pour être capable de savoir combien il a couté de produire se « chmurtz » si joli (oui, parce que s’il vend 20€ pour faire plaisir au client ce qui lui a pris 6h de temps de travail il va y avoir un souci à la fin du mois…).

Bref tant de choses qui prennent beaucoup de temps, et qu’il faut donc bien pouvoir à un moment ou un autre rémunérer si l’artisan veut vivre de son travail et non pas seulement en faire un hobby coûteux.

Ouh là je me suis emballée…. ?
Mais il est nécessaire de rappeler ce qui est indispensable à l’existence de ces objets originaux, nés de la main de leur concepteur, qui vous offre une proposition unique, personnelle, qui vous touchera. Cela demande du temps, de la minutie, du travail.

Alors n’ayez pas peur, le prix à payer n’est pas forcément inaccessible mais vous ne pouvez retrouver dans ces propositions artisanales le positionnement prix d’un processus industriel s’appuyant sur l’économie d’échelle du positionnement marketing et de la production de masse.

Empreintes est donc un de ces rares endroits où vous pouvez découvrir ces créations, en toute connaissance de cause.